Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/484

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passion, ne put trouver le calme. Le soleil ne fut pas plus tôt sorti du lit d’Aurore, qu’Aliéna fut éveillée par Ganimède, qui, agitée toute la nuit, déclara qu’il était l’heure d’aller déparquer les troupeaux. Sur ce, Aliéna passa son jupon et se leva ; dès qu’elle fut prête et qu’elles eurent déjeuné, vite elles revinrent au champ avec leurs sacs et leurs bouteilles. À peine furent-elles près des parcs qu’elles aperçurent le triste veneur qui se promenait mélancoliquement.

— Chasseur, s’écria Ganimède en s’approchant de lui, je vous rappellerai votre promesse : voici le moment de nous faire connaître ces poëmes que vous aviez, disiez-vous, laissés dans votre grotte.

— Je les ai sur moi, fit Rosader ; asseyons-nous, et alors vous apprendrez quelle fureur poétique l’amour inspire à un homme. Sur ce, tous s’assirent sur un banc de gazon ombragé de figuiers, et Rosader, poussant un profond soupir, lut cette élégie :

Si je tourne mes regards vers le ciel,
Amour blesse mes yeux de ses flèches.
Si je considère le gazon,
Amour m’apparaît dans chaque fleur.
Si je cherche l’ombre pour éviter ma peine,
Je le retrouve à l’ombre.
Si par un détour je gagne un bosquet caché.
Je rencontre encore cet amour sacré.
Si je me baigne dans un ruisseau,
Je l’entends chanter au bord.
Si je médite seul,
Il sera confident de ma tristesse.
Si je m’afflige, il pleure avec moi,
Et veut être partout où je suis.
Quand je parle de Rosalinde,
Le dieu s’effarouche et devient tendre,
Et semble brûler des mêmes flammes
Et du même amour que moi.
Suave Rosalinde, aie pitié,