Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/507

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que le roi fut ébloui de la pureté de ses grâces. Gérismond lui demanda pourquoi elle récompensait si pauvrement l’amour de Montanus, voyant ses mérites si grands et ses passions si vives.

— Sire, répondit Phébé, l’amour vole sur les ailes du destin, et ce que décrètent les astres est un infaillible arrêt. Je connais toutes les qualités de Montanus, je les loue, je les admire, mais je n’aime pas sa personne, parce que le sort en a décidé autrement. Vénus m’en a punie par une peine égale à la sienne. Car je suis éprise d’un pâtre, aussi impitoyable pour moi que je suis cruelle pour Montanus, aussi obstiné dans ses dédains que je suis acharnée dans mes désirs ; et, ajouta-t-elle, c’est le page d’Aliéna, le jeune Ganimède.

Gérismond, désirant poursuivre jusqu’au bout son enquête sur toutes ces amours, appela Ganimède qui approcha, en rougissant. Le roi remarqua cette physionomie, dont les traits lui rappelèrent le visage de sa Rosalinde, et poussa un profond soupir. Rosader, qui était plus que familier avec Gérismond, lui demanda pourquoi il soupirait si douloureusement.

— Rosader, répondit le roi, c’est que les traits de Ganimède me rappellent Rosalinde.

À ce nom, Rosader soupira si profondément qu’il semblait que son cœur allait éclater.

— Et comment se fait-il, ajouta Gérismond, que tu me répondes par un tel soupir ?

~ Pardon, sire, c’est que Rosalinde est la seule femme que j’aime.

— Ah ! reprit Gérismond, je te la donnerais bien volontiers en mariage aujourd’hui même, à condition qu’elle fût ici.

À ces mots, Aliéna détourna la tête et sourit à Ganimède qui eut grand’peine à garder contenance, mais qui