Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/509

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dans tout l’éclat de ses fleurs. Ainsi parée, Rosalinde entra et se jeta aux pieds de son père ; les larmes aux yeux, elle implora sa bénédiction et lui raconta toutes ses aventures, comment elle avait été bannie par Thorismond et comment depuis lors elle avait constamment vécu déguisée dans ce pays.

Gérismond, reconnaissant sa fille, se leva de son siège et lui sauta au cou, exprimant toutes les émotions de sa joie par d’humides sanglots, transporté en une telle extase de bonheur qu’il ne pouvait dire un mot ! Je laisse ceux qui ont l’expérience de l’amour juger de la stupéfaction et du ravissement de Rosader, voyant devant lui cette Rosalinde qu’il avait si longtemps et si profondément aimée. Enfin Gérismond, ayant repris possession de ses esprits, parla à sa fille dans les termes les plus paternels et lui demanda, après maintes autres questions, ce qui s’était passé entre elle et Rosader.

— Tant de choses, sire, répondit Rosalinde, qu’il ne reste plus que le consentement de Votre Grâce pour conclure le mariage.

— Eh bien donc, dit Gérismond, prends-la, Rosader : elle est à toi. Que cette journée solennise tes noces, ainsi que celles de ton frère !

Rosader, satisfait au delà de toute mesure, remercia humblement le roi et embrassa sa Rosalinde qui, se tournant vers Phébé, lui demanda si elle lui avait donné une raison suffisante pour comprimer la violence de son amour.

— Oui, dit Phébé, une raison si éloquente que, pour peu que vous y consentiez, vous, madame, et Aliéna, Montanus et moi nous ferons aujourd’hui le troisième couple de mariés.

À peine eut-elle prononcé cette parole que Montanus arracha sa guirlande de saule et jeta au feu ses sonnets,