Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/53

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cord avec l’harmonie ineffable des astres ? Dans ces jardins fécriques, toute rancune doit s’apaiser, toute querelle doit s’éteindre. Portia et Nérissa peuvent bien accuser leurs maris de les avoir trompées, mais cette accusation n’est pas même soutenable. La vérité, un instant travestie, jette bien vite le masque pour justifier les accusés stupéfaits. Bassanio croit avoir remis son anneau nuptial au docteur Balthazar : erreur ! il l’a donné à sa femme. Gratiano se figure avoir cédé sa bague de fiançailles au clerc du docteur : illusion ! il l’a donnée à sa femme. Quelques paroles suffisent pour expliquer la méprise. L’évidence confond d’un mot l’apparence. Le droit, obscurci par un quiproquo, révèle gaiement son identité à la raison qui l’a tant de fois méconnu, et la chicane humaine, dont le cri implacable retentissait naguère devant le tribunal des doges, finit ici par retirer sa plainte dans un éclat de rire.


III


Lorsque, la belle saison venue, Shakespeare retournait à Stratford-sur-Avon, après avoir quitté Londres, — ce Londres ténébreux et sinistre où trônait le sanglant despotisme des Tudors, ce Londres qui avait pour monuments l’échafaud de Thomas Morus, le billot de Jane Grey et le bûcher de Latimer ; lorsqu’au sortir de la grande ville noire où s’étalaient tant de vices, où se cachaient tant de misères, où tant de désespoirs montraient le poing, il retrouvait le doux pays natal ; lorsqu’il revoyait l’humble toit de chaume sous lequel il était né, et sa maisonnette de New-Place, et la ferme dont son frère Richard était le métayer, et le