Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/54

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jardin dont l’allée fleurie menait à la berge de la rivière ; lorsque, prolongeant de quelques milles sa tournée de reconnaissance, il poussait jusqu’à Wilmecote pour visiter l’héritage de sa mère et qu’il traversait ces riantes prairies, toutes illuminées pour lui de souvenirs et de rayons, alors le poëte comparait dans son âme le spectacle d’aujourd’hui au spectacle de la veille, toutes ces harmonies à toutes ces discordes, ces routes pavées de primevères à ces rues jonchées de boue, ces sources pures à ces ruisseaux infects, cette rivière limpide à ce fleuve immonde, ce ciel lumineux à ce firmament enfumé, cette campagne en fête à cette ville en deuil. Puis il méditait sur ce contraste, il en cherchait les causes et il reconnaissait que l’homme est le principal auteur des maux qui l’accablent ; il défaisait par la pensée la société si mal faite par l’homme et il y substituait dans son esprit un monde supérieur exclusivement soumis aux lois de la nature. — Laissez faire la nature, cessez de là gêner par vos prohibitions et par vos entraves. Elle rétablira partout l’ordre, la paix, le bien-être, la tempérance ; elle détruira tous les préjugés comme tous les abus ; elle abolira les castes et les aristocraties factices ; devant elle il n’y aura plus ni grands ni petits ; elle dira à tous : Vous êtes égaux, égaux devant le besoin, égaux devant la passion, égaux devant le berceau, égaux devant la tombe, et elle ajoutera comme conclusion nécessaire de cette vérité primordiale : Vous êtes frères. — Ainsi pensait le poëte, tout en cheminant rêveur le long du sentier, bordé de saules, qui côtoie l’Avon. Et, inspiré par la promenade champêtre, le poëte rentrait au logis, prenait une plume et écrivait la première scène de Comme il vous plaira.

La capitale du duché de*** nous offre le fidèle tableau de la société civilisée. La force brutale y triomphe ; tous