Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/57

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il n’en à aucun pour le pleurer, aucun préjudice au monde, car il n’y possède rien ; il occupe une place qui sera beaucoup mieux remplie, quand il l’aura laissée vide. »

La lutte s’engage. Ô miracle ! Est-ce le regard de Rosalinde qui inspire à Orlando cette agilité surprenante, cette adresse incomparable, cette vigueur herculéenne ? On dirait Alcide étreignant Antée. L’athlète est terrassé et son jeune adversaire n’est pas même en haleine. On emporte le géant qui râle. Orlando est sorti triomphant du guet-apens dressé contre lui, et pour trophée opime il emporte à son cou la chaîne qu’y a posée Rosalinde. Mais, hélas ! un nouveau péril l’attend. Au moment de rentrer chez lui, il rencontre sur le seuil Adam qui lui barre le passage. Le vieux serviteur affirme que ce soir, Olivier mettra le feu au logis où doit dormir Orlando.

— Cette maison n’est qu’une boucherie : abhorrez-la, redoutez-la, n’y entrez pas.

— Mais où veux-tu que j’aille, Adam ?

— N’importe où, excepté ici.

Comment faire ? Faut-il donc qu’Orlando « mendie désormais sur les routes ou y exige à main armée la ration du vol ? » Orlando est sans ressources, mais il a compté sans le dévouement du fidèle valet. Adam a cinq cents écus, « une humble épargne qu’il gardait comme une infirmière pour le temps où sa vieillesse dédaignée serait jetée dans un coin. » Il offre cette épargne à son jeune maître, et il se propose à le suivre dans son aventureuse émigration. Orlando accepte : « Ô bon vieillard, que tu me fais bien l’effet de ce constant serviteur des anciens jours qui donnait sa sueur par devoir et non par intérêt ! Tu n’es plus à la mode de cette époque où chacun s’évertue uniquement pour un profit et amortit son zèle, ce profit obtenu. Il n’en est pas ainsi de toi. Oui, pauvre