Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/62

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et s’est vengé de lui — en le sauvant. Du reste, dans celui qui parle, il serait difficile de reconnaître le fils aîné du chevalier Roland, si différent de son langage, si complète est la métamorphose morale qu’il a subie. En foulant le sol du bois sacré, Olivier a ressenti un trouble prodigieux. Ses forfaits passés ont apparu dans toute leur laideur à ses yeux dessillés. Le repentir l’a saisi, et le fratricide s’est jeté, éperdu de remords, aux pieds de son frère attendri. Désormais Olivier n’est plus le même. La nature, souveraine en ces lieux, a repris possession de ce caractère dénaturé, elle l’a débarrassé de tous les vices qu’une société corrompue lui avait inoculés, elle lui a restitué cette santé idéale qui s’appelle la bonté et, pour prévenir toute rechute, elle a fait veiller par l’amour cette âme convalescente. Célia s’empresse d’assurer la cure, en épousant Olivier le jour même où Rosalinde épouse Orlando.

La conversion du duc Frédéric n’est pas moins miraculeuse que la guérison d’Olivier. Le tyran s’était avancé à la tête d’une nombreuse armée pour s’emparer de la forêt des Ardennes et mettre à mort son frère, le duc légitime. Mais à peine a-t-il touché la lisière du bois qu’un vieil ermite s’est avancé vers lui et par une courte harangue l’a décidé à renoncer à son entreprise et au monde. Le duc a abdiqué immédiatement, a restitué le pouvoir à son aîné et s’est lui-même retiré dans la forêt pour y embrasser la vie contemplative. — Sous le froc vénérable du solitaire, c’est la nature elle-même qui s’est révélée à Frédéric. C’est la nature qui l’a arrêté au passage et qui, par cette voix sainte, lui a crié : Tyran, tyran, pourquoi me persécutes-tu ? Le duc est entré dans la forêt par la route de Damas. Un rayon d’en haut a percé la nue, et, éclairé par cette clarté divine, le despote a reconnu toute l’horreur de son despotisme. Le