Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/72

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VALENTIN.

— Oui, et prier pour mon succès dans un livre d’amour !


PROTÉE.

— Je prierai pour toi dans quelque livre aimé de moi !


VALENTIN.

— Dans quelque plate histoire d’amour profond : — Comme quoi le jeune Léandre traversa l’Hellespont !


PROTÉE.

— C’est une histoire fort profonde du plus profond amour : — car Léandre avait de l’amour par-dessus la cheville.


VALENTIN.

— C’est vrai : car tu es dans l’amour jusqu’au cou, amour par-dessus la cheville.


VALENTIN.

— C’est vrai : car tu es dans l’amour jusqu’au cou, — et pourtant tu n’as jamais traversé l’Hellespont à la nage.


PROTÉE.

— Jusqu’au cou ! Ne me mets pas au carcan, mon cher.


VALENTIN.

— Non. Ça ne te sert pas ! au contraire !


PROTÉE.

Quoi donc ?


VALENTIN.

D’être — amoureux ! Aimer, c’est acheter le dédain par les pleurs, de prudes regards — par des soupirs déchirants, la joie éphémère d’un moment — par vingt nuits de veille, de fatigue et d’ennui. — En cas de conquête, votre gain peut être un malheur ; — en cas d’échec, une pénible souffrance est votre conquête. — À coup sûr, c’est la folie achetée au prix de la raison, — ou c’est la raison vaincue par la folie.


PROTÉE.

— Ainsi, vous concluez en m’appelant fou.