Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/73

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


VALENTIN.

— Ainsi, vous conclurez, j’en ai peur, en le devenant.


PROTÉE.

— C’est l’amour que vous critiquez. Je ne suis pas l’amour.


VALENTIN.

— L’amour est votre maître, car il vous maîtrise ; — et celui qui se laisse ainsi subjuguer par un fou — ne doit pas, ce me semble, être réputé sage.


PROTÉE.

— Les auteurs disent pourtant que, comme le ver dévorant — se loge dans le plus suave bouton, ainsi l’amour dévorant — habite dans les plus beaux esprits (2).


VALENTIN.

— Au dire des auteurs aussi, de même que le bouton le plus précoce — est dévoré par le ver avant de s’épanouir, — de même aussi l’esprit jeune et tendre — est changé par l’amour en folie ; il se flétrit en bouton ; — dès la primeur il perd sa verdure — et toute sa belle floraison d’espérances à venir. — Mais pourquoi vais-je perdre le temps à te conseiller, — toi qui es voué à une ardente passion ? — Encore une fois, adieu ! Mon père m’attend sur le port — pour me voir embarquer.


PROTÉE.

— Et je veux t’y conduire, Valentin.


VALENTIN.

— Non, mon doux Protée ; faisons-nous ici nos adieux. — Quand je serai à Milan, écris-moi — tes succès en amour et tout — ce qui t’arrivera de nouveau ici, en l’absence de ton ami ; — et moi, de mon côté, je te visiterai de mes lettres.


PROTÉE.

— Que tous les bonheurs t’arrivent à Milan !