Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/79

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JULIA.

— Que penses-tu du gentil Protée ?


LUCETTE.

— Seigneur ! Seigneur ! voir ainsi comme la sottise règne en nous !


JULIA.

— Eh bien ! que signifie cette émotion à ce nom ?


LUCETTE.

— Pardon, chère madame ! Il est par trop honteux — que moi, indigne créature, — je prononce un jugement sur de si aimables gentilshommes !


JULIA.

— Pourquoi pas sur Protée, comme sur tous les autres ?


LUCETTE.

— Tout simplement parce que, de tous les bons, je le crois le meilleur.


JULIA.

— Et votre raison de le croire ?


LUCETTE.

— Je n’en ai pas d’autre qu’une raison de femme : — je le crois, parce que je le crois.


JULIA.

— Et tu voudrais me voir jeter mon amour sur lui ?


LUCETTE.

— Oui, si vous ne croyez pas votre amour ainsi jeté au vent.


JULIA.

— Eh bien, il est de tous celui qui m’a le moins pressée.


LUCETTE.

— C’est qu’il est de tous, à mon avis, celui qui vous aime le plus.