Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/98

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Scène V.


[Vérone. Chez Julia.]


Entrent Protée et Julia.

PROTÉE.

— Ayez patience, gentille Julia.


JULIA.

Il le faut bien puisqu’il n’y a pas de remède.


PROTÉE.

— Aussitôt que je pourrai, je serai de retour.


JULIA.

— Si rien ne vous détourne, vous serez plus tôt de retour. — Garde ce souvenir pour l’amour de ta Julia.

Elle lui donne un anneau.

PROTÉE, prenant l’anneau et en remettant un autre à Julia.

— Eh bien, nous ferons un échange. Tenez, prenez celui-ci :


JULIA.

— Et scellons le marché par un saint baiser.

Ils s’embrassent.

PROTÉE.

— Voici ma main pour gage de ma royale constance. — Si je laisse échapper une heure du jour — sans soupirer pour toi, Julia, — puisse, dès l’heure suivante, quelque affreux accident — me faire expier cet oubli de mes amours ! — Mon père m’attend ; ne réponds pas. — C’est l’heure pour la marée, mais non pour la marée des larmes. — Cette marée-là me retiendrait plus de temps qu’il ne faut. — Julia, adieu !

Julia sort précipitamment.

Quoi ! partir sans un mot ? — Oui, voilà bien l’amour