Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/99

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vrai ; il ne peut rien dire. — Sa sincérité se distingue par les actes bien mieux que par les paroles.


Entre Panthéon.

PANTHÉON.

— Sire Protée, vous êtes attendu.


PROTÉE.

Allons ! je viens, je viens. — Hélas ! la séparation frappe de mutismes les pauvres amants.

Ils sortent.



Scène VI.


[Vérone. Une place.]


Entre Lance, menant un chien en laisse.

LANCE.

Oui, il se passera une heure encore avant que j’aie fini de pleurer. Toute l’espèce des Lance a ce défaut-là. J’ai reçu ma ration, comme l’enfant prodigue, et je pars avec messire Protée pour la cour impériale. Je crois que Crâbe, mon chien, est bien le chien le plus insensible, qui existe : ma mère pleurait, mon père sanglotait, ma sœur criait, notre servante hurlait, notre chatte se tordait les bras, toute la maison était en grande perplexité, et ce méchant mâtin n’a pas versé une larme ! C’est une pierre, un vrai caillou, et il n’y a pas plus de pitié en lui que dans un chien. Un juif aurait pleuré d’avoir vu notre séparation. Et même, ma grand’maman qui n’a plus d’yeux, voyez-vous, pleurait de mon départ à s’aveugler. Tenez, je vais vous montrer la chose. Ce soulier-ci est mon père… non, c’est le soulier gauche qui est mon père… non, non, le soulier gauche est ma mère… non, ça ne se peut pas non plus… Si ! c’est ça,