Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/354

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approchaient, ils allèrent devers eux tout bellement par ordonnance ; et derechef firent un très-grand cri en arrêtant et reprenant leur haleine. Et adonc les dessus dits archers abscons au dit, pré tirèrent vigoureusement su les Français, en élevant, comme les autres, grand’huée ; et incontinent les dits Anglais approchant les Français, premièrement leurs archers, dont il y en avait bien treize mille, commencèrent à tirer à la volée contre iceux Français, d’aussi loin qu’ils pouvaient tirer de toute leur puissance ; desquels archers la plus grand’partie étaient sans armures en leurs pourpoints, leurs chausses avalées, ayant haches pendues à leurs courroies ou épées ; et si en y avait aucuns tout nu-pieds et sans chaperon.

Les princes étant avec le dit roi d’Angleterre étaient son frère le duc de Glocestre, le duc d’York, son oncle, les comtes Dorset, d’Oxinforde et de Suffort, le comte maréchal et le comte de Kent, les seigneurs de Chamber, de Beaumont, de Villeby et de Cornouaille, et de plusieurs autres notables barons et chevaliers d’Angleterre.

En après, les Français voyant iceux Anglais venir devers eux, se mirent en ordonnance chacun dessous sa bannière, ayant le bassinet au chef ; toutefois ils furent admonestés par le dit connétable et aucuns autres princes à confesser leurs péchés en vraie contrition et exhortés à bien et hardiment combattre, comme avaient été les dits Anglais.

Et là les Anglais sonnèrent fort leurs trompettes à l’approcher ; et les Français commencèrent à incliner leurs chefs, afin que les traits n’entrassent en leurs visières de leurs bassinets ; et ainsi allèrent un petit à l’encontre d’eux et les firent un peu reculer ; mais avant qu’ils pussent aborder ensemble, il y eut moult de Français empêchés et navrés par le trait des dits archers anglais. Et quand ils furent venus, comme dit est, jusqu’à eux, ils