Page:Shakespeare - Un songe de nuit d’été, trad. Spaak, 1919.djvu/27

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


[J’ai fait la même erreur en lui donnant mon âme.
Oui, les êtres les plus infâmes
Acquièrent des séductions
Quand l’Amour les métamorphose !
Aveugle, il aperçoit les choses
Par son imagination !
Il est ailé, ses yeux sont clos, et quand il aime
C’est sans goût ni raison.
Des ailes et point d’yeux : oui, tel est bien l’emblème
De son étourderie et de ses trahisons !
Trompé dans ses choix si souvent
Qu’il mérite son nom d’enfant,
Il est pareil à ces espiègles,
Menteurs et tricheurs conscients,
Qui se moquent de toute règle
Et se parjurent en riant !][1]
Lorsque mon bien-aimé me trouvait encor belle,
C’est pour moi qu’il multiplia
Des serments qui tombaient en grêle !
Mais aux premiers rayons des beaux yeux d’Hermia,
Quand sa tendresse s’est enfuie,
Cette grêle se fondit toute,
Et la voici dissoute
En pluie !
Je vais lui révéler qu’Hermia prend la fuite ;
Et demain soir, sans aucun doute,
Il va se mettre à sa poursuite
Et la chercher parmi les bois.
Si cet avis, quoiqu’il me coûte,
Me vaut un “merci” de sa voix,
Que j’en serais heureuse !… Et, peut-être, j’y gagne

  1. Les vers placés entre crochets peuvent être supprimés à la représentation.