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ŒUVRES EN PROSE


VI


L’exécution de Brandreth, de Ludlam et de Turner est un événement d’un caractère tout autre que celui de la mort de la princesse Charlotte.

Ces hommes furent pendant bien des mois enfermés dans une horrible prison, pendant qu’on les forçait à envisager la perspective d’une mort hideuse et de l’enfer éternel. À la fin, on les conduisit à l’échafaud et on les pendit.

Eux aussi, ils avaient des affections domestiques, et ils se distinguaient par l’exercice des vertus privées. Peut-être que la bassesse de leur condition permit à ces affections de se développer à un degré que ne comporte pas un rang plus élevé. Ils avaient des fils, des frères, des sœurs, des pères, qui les aimaient plus, à ce qu’il semble, que la princesse Charlotte ne pouvait être aimée de ceux que l’étiquette de son rang tenait continuellement éloignés d’elle. Son mari lui tenait lieu de père, de mère et de frères.

Ludlam et Turner étaient des hommes d’âge mûr, et les affections avaient acquis en eux toute leur croissance, toute leur force.

Ce qu’ont éprouvé ces malheureux, on ne le dira pas. Mais on peut imaginer la longue et multiple souffrance de leur parenté, d’après ce que fit Edouard Turner, qui, voyant son frère traîné sur la claie, poussa un cri affreux, tomba dans un ac-