Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/188

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
171
DE PERCY BYSSHE SHELLEY

cès et fut emporté comme un cadavre par deux hommes.

Comme elle dut être terrible, leur souffrance lorsque, assis dans la solitude, ce jour-là, ils entendirent, comme une tempête, la voix de la foule terrifiée leur annoncer que la tête qui leur était si chère était séparée du corps ! — Oui, ils écoutaient les hurlements affolants qui montaient de la multitude, ils entendaient le piétinement de dix mille personnes frappées d’épouvante, les grognements et les sifflets qui leur apprenaient qu’à ce moment, on soulevait en l’air la tête mutilée et convulsée.

Les condamnés étaient morts.

Qu’est-ce que la mort ? Qui oserait dire ce qui se passera après le tombeau ?[1]

Brandreth était calme ; il croyait évidemment que les conséquences de nos erreurs s’arrêtent à cette borne redoutable. Ludlam et Turner étaient bourrelés de la crainte que Dieu ne les plongeât dans le feu éternel. M. Pickering, le clergyman, se préoccupait évidemment de ce qu’une assurance trompeuse ne fit point perdre à Brandreth l’unique chance de se réconcilier avec le Maître du monde futur.

Aucun d’eux ne savait ce que c’est que la mort, ni ne pouvait le savoir. Pourtant ces hommes furent lancés, sans hésitation, dans ce gouffre insondable, par d’autres hommes qui n’en savaient pas davantage, et qui ne se préoccupaient point des

  1. Votre mort a des yeux dans sa tête, — la mienne n’est point peinte ainsi (Cymbeline).