Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/327

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DE PERCY BYSSHE SHELLEY

circonstances où il vit sont si monstrueuses, si extraordinaires, que quand leurs conséquences se développèrent en actes, sa bonté première fit peu à peu place à une misanthropie, à un désir de vengeance insatiables. La scène dans le collage entre l’Isolé et l’aveugle De Lacey, est un des modèles de passion profonde, extraordinaire, les plus remarquables dont nous nous souvenions. Il est impossible de lire ce dialogue, — et aussi plusieurs autres d’un caractère un peu analogue — sans qu’on sente les battements du cœur s’arrêter d’étonnement, et « les larmes ruisseler sur les joues ». La rencontre et la discussion entre l’Isolé et Frankenstein sur la Mer de Grâce, égale presque l’entretien suppliant de Caleb Williams avec Falkland. Et à vrai dire, elle nous rappelle jusqu’à un certain point le style et le caractère de cet admirable écrivain, auquel l’auteur a dédié son ouvrage, et dont il paraît avoir étudié les productions.

Il y a pourtant un seul endroit où nous découvrons des traces, si faibles qu’elles soient, d’imitation. C’est la façon dont est conduit l’incident du débarquement de Frankenstein en Irlande. À vrai dire, le caractère général du récit ne ressemble à rien qui l’ait jamais précédé. Après la mort d’Élisabeth, le roman, comme un fleuve qui en avançant gagne en rapidité et en profondeur, prend une solennité invincible, et l’énergie magnifique, la célérité d’une tempête.

La scène du cimetière, où Frankenstein rend visite aux tombeaux de sa famille, et son départ de Genève, et son voyage à travers la Tartarie jus-