Page:Sicard - Le Laurier Noir, 1917.djvu/30

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Sur la vitre embuée un visage se pose
De champs déserts, d’arbres vêtus de manteaux roux ;
La Lorraine portant ses mirabelles roses
          Se jette, tremblante, à mon cou.

« Ô ma sœur, courageuse, éternelle et sanglante,
Ai-je dit au pays que j’avais dans les bras,
Ton épée, aiguisée à la meule éclatante
          Qui tourne sur tous les combats,

Laisse à mon jeune amour sa chaude confiance.
Avec sérénité j’entre dans ta maison,
Car ta douleur est une armure sur la France
          Et ta gloire est son horizon. »

Le matin effeuillait de discrètes lumières
Sur la ligne de la Moselle et des côteaux ;
Des wagons emportaient vers le seuil des frontières
          La vaillance comme un troupeau.

Je dis encor à la Lorraine, mon hôtesse :
« Que ton corps est couvert d’invisibles rayons !
Jeanne de Domrémy reste ta forteresse
          Et la colline de Sion,