Page:Siefert - Les Stoïques, 1870.djvu/16

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Rien n’existera plus de tout ce qu’on aimait ;
Et si le sort, comblant vos premiers vœux, vous met
L’un en face de l’autre, on se regarde à peine
Et le dernier anneau de cette longue chaîne
Est rompu par ce mot que chacun dit : Trop tard !

Frère, je n’ai jamais pu voir aucun départ
Sans qu’émue aussitôt par ces sombres pensées,
Je sentisse en mon cœur ces craintes amassées,
Et sans que j’aperçusse au lointain se former
L’orage que le plus doux ciel peut renfermer ;
Car tout départ pour moi retrace une autre perte,
Et la Mort peut entrer par cette porte ouverte.

N’importe ! poursuivons & marchons toujours droit
Dans la route épineuse ou le sentier étroit ;
Plus le devoir est grand, plus il est difficile.
Le destin nous sépare : il me garde & t’exile,
N’importe, soyons fiers & plus forts que ses coups.
Si nous tombons jamais, ne tombons qu’à genoux
Et pour nous relever avec plus d’héroïsme.
Que le doux Evangile & l’âpre stoïcisme,
Comme deux guides sûrs qui nous ont pris au seuil,