Page:Siefert - Les Stoïques, 1870.djvu/15

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Avec tous les projets les plus ambitieux,
Fuit & s’évanouit comme l’aurore aux cieux.
Le bruit des pas se perd, la porte se referme…
Tout est fini. L’attente & l’absence sans terme
Remplacent maintenant l’intimité. Les ans
Vont peut-être passer douloureux & pesants
Avant qu’on se retrouve & qu’on se réunisse.
Puis, comme un jour suffit pour que la fleur jaunisse,
O vain retour ! peut-être alors on ne sera
Plus du tout ce que l’on était. On jugera
Au lieu d’aimer ; le cœur, roidi par l’habitude
De l’effort, du silence & de la solitude,
N’aura plus ses naïfs & tendres mouvements.
Peut-être on sera vieux près des chenets fumants,
Et l’on se blessera par la raison bien triste
Que depuis trop longtemps l’un sans l’autre on existe.
Ou peut-être un malheur qu’on ne prévoyait pas,
Entre ceux qui naguère allaient du même pas,
Interviendra : l’oubli sous sa nuit redoublée,
Creusant au souvenir une tombe isolée,
Eteindra dans les cœurs tout espoir, tout désir.
Bientôt on ne pourra plus seulement saisir,
Dans cette ombre indistincte où se perd la mémoire,
Les traits ensevelis d’une si vieille histoire.