Page:Siefert - Les Stoïques, 1870.djvu/46

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L’AMI DES PAUVRES.

Je l’avais vu passer souvent dans la campagne,
Son chapeau sur les yeux, sa pipe pour compagne,
L’air endormi plutôt que triste ; j’avais su
Que chaque soir, toujours fumant & solitaire,
Il buvait, l’œil atone & tourné vers la terre,
Sans nul souci d’être aperçu.

Et devant sa vieillesse & sa lourde apparence,
Etourdiment, avec l’aplomb de l’ignorance,
Répétant les propos qui parlaient mal de lui,
Je l’avais cru sordide, ennuyeux, insensible,
Et j’avais dit encor : « Non, il n’est pas possible
Qu’en ses yeux l’étincelle ait lui ! »

Or, un soir de novembre, au milieu de sa veille,
Il mourut, laissant là sa pipe & sa bouteille ;
Nul parent, nul ami ne ferma son cercueil ;
Mais, comme on l’emportait sous la pluie & la neige
Il vint au cimetière un immense cortège :
Tous les pauvres étaient en deuil.