Page:Siefert - Les Stoïques, 1870.djvu/63

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De peur qu’on ne surprît mon nid sous la feuillée.
Je m’en irais plus loin dès l’aurore éveillée
Faire vibrer l’écho dont le monde a besoin ;
Sans lui parler de moi plus jamais, j’aurais soin
De lui dire d’aimer, & que la vie est douce
Dans le nid duveteux où tout vent froid s’émousse,
Et, tremblant aussitôt de trahir mes secrets^
Je changerais de note & je consolerais ;
Puis je raccourrais vite & me cacherais toute
Sous mon bonheur. Ainsi, jour par jour, goutte à goutte,
Je verserais la joie à ce monde altéré,
Tandis qu’incessamment mon trésor ignoré
Dans la retraite ombreuse où j’aurais mis ma vie,
Introuvable aux regards, intangible à l’envie,
Comme un lac où le ciel profond s’est reflété,
S’accroîtrait en silence & pour l’éternité.
Sans doute ! mais encor qu’y faire ? C’est un rêve
Dont on s’arrache, hélas ! avant qu’il ne s’achève
Et qui ne laisse au cœur qu’un souvenir cuisant.
A ce rêve si frais d’aspect & séduisant,
Si bien fait, n’est-ce pas ? pour enchanter la terre
Et pour charmer des maux impossibles à taire,
Rien ne ressemble moins que la réalité :
Aux portes des maisons frappe la pauvreté