Page:Siefert - Les Stoïques, 1870.djvu/64

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Avec l’interminable & douloureux cortège
Des enfants aux pieds nus, des vieux au front de neige,
Des travailleurs meurtris au combat du devoir.
Et s’il est des heureux qui peuvent ne pas voir
Ce qu’ils ont sous les yeux à tout moment, oh ! certes,
Vous qui voulez fermer mes paupières ouvertes,
Vous n’êtes de ceux-là pas plus que moi. L’oubli
De l’égoïste en sa paresse enseveli
N’est pas plus fait pour moi que pour vous, & peut-être
Faut-il être plus près encor pour bien connaître
La misère de l’homme & sa peine ici-bas.
Je ne puis pas ne plus y songer. Chaque pas
M’y ramène & toujours quelque aiguillon m’en presse.
— Lorsque, longeant les quais que le fleuve caresse,
Je passe mon chemin, & chez les oiseleurs
Je vois emprisonnés les oiseaux gazouilleurs ;
Que je vois ce long mur aux fenêtres grillées,
Cet hôpital où sont tant d’âmes désolées,
Puis ce long mur encor plein de sombres hasards,.
L’hospice des enfants trouvés & des vieillards ;
Puis d’autres, puis enfin sinistre, formidable,
La prison, & plus loin le faubourg insondable,
Oh ! je l’avoue alors, ne pouvant rien sauver,
Comme le fleuve au bas je voudrais tout laver.