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L’ÉCRIN DISPARU

sif, son regard, qui semble ne pas voir, implore cependant, lui aussi.

Jusqu’à hier, une douce aurore avait lui à ses yeux ; mais combien vite elle s’est éteinte. À l’horizon de sa vie vient de monter ce nuage, qui l’obscurcira d’une ombre, qui sait ? peut-être d’une nuit sans fin.

Puis de sa poitrine oppressée, avec effort, il laisse échapper ces mots :

— Je me tairai, Monsieur l’Aumônier !… mais… ce n’est pas seulement l’honneur de mon nom que je sacrifie !…

Il n’en dit pas plus ; le Prêtre a compris :

— Madeleine, n’est-ce pas ?…

Et le jeune homme fait « OUI » d’un signe de tête désespéré…

Adieu !… bonheur rêvé en compagnie du cœur noble et tendre que je faillis meurtrir… Adieu !… lis d’innocence, douce fleur des champs, dont les charmes eussent adouci les aspérités du chemin de ma vie. Adieu… adieu pour toujours !…

Et Madeleine, la digne jeune fille ne saura jamais combien elle causera de regrets au jeune homme, qui pour lui donner son nom d’emprunt, eût dû consentir à laisser l’opprobre et le déshonneur couvrir le vrai nom de son propre père.

— Mon enfant, ajouta le prêtre :

J’admire et je loue votre générosité ; mais ayant commencé, il faut que vous ayez le courage d’aller jusqu’au bout de votre sacrifice. Il ne faut pas qu’« IL » puisse se douter. — Je connais cet homme, cette défaillance fut la seule de sa vie. S’il se doutait !… rien… entendez-vous ?… rien, ne l’empêcherait de faire son devoir. Car, je puis vous affirmer, qu’il vous a cherché, jadis, et que pour vous rejoindre, il a fait de multiples et dispendieuses enquêtes.

Et sur un mouvement de surprise du jeune homme :

— Oui, mon ami, il a fait l’impossible pour retrouver vos traces. C’est vous dire, que le moindre changement dans vos allures et vos habitudes, suffirait à éveiller ses soupçons.

Demeurez avec lui, tout au moins quelques semaines encore ; puis, ensemble, nous étudierons les moyens de trouver un prétexte plausible pour votre éloignement.

Et alors, presque à voix basse, Hippolyte répond simplement :

— Je resterai !…

Prenant ensuite, machinalement sa canne et son chapeau, il sortit. Le prêtre l’accompagnait en l’éclairant, puis, ouvrant la porte, lui dit :