Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/115

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tous les autres expédients imaginés par le système mercantile, ne peut donc être que de pousser par force l’industrie du pays dans un canal beaucoup moins avantageux que celui dans lequel elle serait entrée naturellement de son plein gré.

Un auteur habile et bien instruit, celui des Traités sur le commerce des blés, a fait voir clairement que, depuis le premier établissement de la prime sur l’exportation des blés, le prix du blé exporté, évalué à un prix assez modéré, a excédé celui du blé importé, évalué au plus haut, d’une somme beaucoup plus forte que le montant total des primes qui ont été payées pendant la même période de temps[1]. Il trouve, en raisonnant d’après les propres principes du système mercantile, que c’est une preuve évidente que ce commerce forcé est avantageux à la nation, la valeur de l’exportation excédant celle de l’importation d’une somme beaucoup plus forte que toute la dépense extraordinaire faite par l’État pour occasionner cette exportation. Il ne fait pas attention que cette dépense extraordinaire, c’est-à-dire la prime, est la moindre partie de la dépense que l’exportation du blé coûte réellement à la société. Il faut bien mettre aussi en ligne de compte le capital employé par le fermier pour faire croître ce blé. À moins que le prix du blé, quand il est vendu sur les marchés étrangers, en remplace non-seulement la prime, mais encore ce capital, en y joignant le profit ordinaire des capitaux, la société se trouvera en perte de toute la différence, ou bien la masse du capital national en sera d’autant diminuée. Mais c’est précisément parce qu’on suppose que le prix est insuffisant pour remplir cet objet, qu’on a jugé nécessaire d’accorder une prime.

Le prix moyen du blé, a-t-on dit, a baissé considérablement depuis l’établissement de la prime. Que le prix moyen du blé ait commencé à baisser quelque peu vers la fin du dernier siècle et ait toujours été en baissant pendant le cours des soixante-quatre premières années de celui-ci, c’est un fait que j’ai tâché d’établir[2]. Mais cet

  1. La seconde édition des Discours sur le commerce du blé (Tracts on the corn trade) fut publié en 1766. Depuis cette époque de grands changements ont eu lieu dans le commerce des céréales en Angleterre. Au lieu d’exporter régulièrement comme nous faisions autrefois, nous importons régulièrement depuis cinquante ans. Mais cette importation a beaucoup diminué.
    Mac Culloch.
  2. Liv. I, chap. xi, sect. iii, Digression sur les variations de la valeur de l’argent, 3e période.