Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/116

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événement, en le supposant aussi vrai que je crois qu’il l’est, aura eu lieu malgré la prime, et il n’est pas possible qu’il en soit une conséquence.

Cet événement a eu lieu en France aussi bien qu’en Angleterre, quoique en France non-seulement il n’y ait pas eu de prime, mais que, même jusqu’en 1764, l’exportation eût été absolument prohibée. Cette baisse successive dans le prix moyen du blé ne doit donc vraisemblablement être attribuée, en dernier résultat, ni à l’un ni à l’autre de ces deux règlements opposés, mais à cette hausse graduelle et insensible de la valeur réelle de l’argent, qui s’est manifestée, pendant le cours de ce siècle, sur le marché général de l’Europe, ainsi que j’ai tâché de le démontrer dans le premier livre de cet ouvrage. Il paraît absolument impossible que la prime puisse jamais contribuer à faire baisser le prix des grains[1].

On a déjà observé que, dans les années d’abondance, la prime, en occasionnant une exportation extraordinaire, tient nécessairement le prix du blé, sur le marché intérieur, au-dessus du taux auquel il descendrait naturellement. C’était même là l’objet qu’on se proposait ouvertement par cette institution. Quoique la prime soit souvent suspendue pendant les années de cherté, cependant la grande exportation qu’elle occasionne dans les années d’abondance doit avoir souvent pour effet d’empêcher plus ou moins que l’abondance d’une année ne soulage la disette d’une autre.

Ainsi, dans les années de cherté, tout aussi bien que dans celles d’abondance, la prime tend de même nécessairement à faire monter le prix vénal du blé plus haut qu’il n’aurait été sans cela sur le marché intérieur.

Je pense bien qu’aucune personne raisonnable ne voudra contester que la prime doit nécessairement avoir cette tendance, l’état de la culture restant le même. Mais il y a beaucoup de gens qui pensent qu’elle tend à encourager la culture des grains, et cela de deux manières différentes : la première, en ouvrant au blé du fermier un marché plus étendu à l’étranger ; ce qui tend, selon eux, à augmenter la demande de blé et, par conséquent, la production de cette denrée ;

  1. Ses défenseurs prétendent que non-seulement elle fait baisser le prix des céréales, mais qu’en augmentant le bénéfice du fermier, elle donne en outre de grands encouragements à l’agriculture. Il est vrai qu’ils n’expliquent pas comment ces deux buts opposés peuvent être atteints. Buchanan.