Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/177

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d’Angleterre, la quantité de terre qu’un citoyen pourrait posséder. Cette loi cependant (quoique nous lisions qu’elle a été mise à exécution en deux ou trois circonstances) fut négligée ou éludée, et l’inégalité des fortunes alla toujours croissant. La plus grande partie des citoyens n’avait pas de terres, et d’après les mœurs et les coutumes de ces temps-là, il était difficile à un homme libre de se maintenir sans cela dans l’indépendance. Aujourd’hui, quoiqu’un homme pauvre n’ait pas de terre en propriété, cependant, s’il a un petit capital, il peut affermer la terre d’un autre ou faire quelque petit commerce de détail ; et s’il n’a pas de capital, il peut trouver de l’emploi, ou comme artisan, ou dans les travaux de la campagne. Mais chez les anciens Romains les terres du riche étaient toutes cultivées par des esclaves qui travaillaient sous un inspecteur esclave lui-même ; de manière qu’un homme libre pauvre n’avait guère la chance de trouver de l’emploi, soit comme fermier, soit comme ouvrier. Toutes les professions du commerce et de l’industrie, même dans le commerce de détail, étaient aussi exercées par les esclaves des riches, pour le compte de leurs maîtres, et ceux-ci avaient trop de puissance et de crédit pour qu’un homme libre pauvre pût espérer de soutenir une pareille concurrence. Les citoyens qui ne possédaient pas de terres n’avaient donc d’autres moyens de subsistance que les largesses des candidats aux élections annuelles. Lorsque les tribuns avaient envie d’animer le peuple contre les riches et les grands, ils lui rappelaient l’ancien partage des terres, et ils lui représentaient la loi qui limitait cette espèce de propriété privée, comme étant la loi fondamentale de la république. Le peuple prit l’habitude de demander des terres à grands cris, et les riches et les grands étaient bien résolus, comme on peut le penser, à ne lui céder aucune partie des leurs. Pour le contenter donc à un certain point, ils proposèrent fréquemment d’envoyer au-dehors une colonie nouvelle. Mais Rome conquérante n’était pas réduite, même dans ces occasions, à la nécessité d’envoyer ses citoyens chercher fortune par le monde, pour ainsi dire, sans savoir où se placer. Elle leur assignait, en général, des terres dans les provinces conquises de l’Italie, où, se trouvant établis dans l’étendue du domaine de la république, ils ne pouvaient jamais former un État indépendant ; ils n’étaient au plus qu’une espèce de corporation qui avait bien la faculté de porter des règlements pour son propre gouvernement, mais qui était sujette en tout temps à l’inspection, à la juridiction et à la puissance législative de la métropole. L’envoi d’une colonie nouvelle de ce genre