Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/33

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


voie de ces métaux à l’étranger pour acheter des marchandises étrangères, le profit du marchand ne vient pas de l’achat, il vient de la vente des retours ; mais, quand ils vont à l’étranger pour payer une dette, le marchand n’a pas de retour ni, par conséquent, de profit. Naturellement donc il met toute son intelligence à trouver un moyen de payer ses dettes à l’étranger, plutôt par une exportation de marchandises que par une exportation d’or et d’argent. Aussi l’auteur de l’État présent de la nation[1] remarque-t-il la grande quantité de marchandises anglaises qui ont été exportées pendant le cours de la guerre dernière, sans rapporter aucuns retours[2].

  1. Commencé par Miège, et continué par Bolton.
  2. Il est évident que des envois considérables de subsides à l’étranger ne peuvent s’effectuer par une exportation d’argent monnayé ; il est constaté d’ailleurs par des rapports de douanes, qu’une grande partie des dépenses extérieures de ce pays pendant la dernière guerre fut défrayée par l’exportation de marchandises. A partir de l’année 1793, jusqu’en 1797, des traites pour le payement des troupes furent expédiées pour le continent de l’Europe, des subsides considérables furent envoyés à l’empereur d’Autriche et à d’autres princes d’Allemagne. On s’était toujours procuré les fonds nécessaires par des exportations de marchandises et d’espèces. Les envois pour l’Allemagne seule, par exemple, qui pendant la paix avaient été d’environ 1,900,000 livres sterling (47,500,000 fr.), s’élevèrent pendant les années 1795 et 1796, époque où des remises furent envoyées en Autriche, à plus de 8,000,000 livres sterling (200,000,000 fr.). Le prêt accordé à l’empereur en 1793 s’éleva à 4,600,000 livres sterling (115,000,000 fr.), et M. Boyd, qui avait été chargé de la remise de cette somme, rapporte qu’une partie, s’élevant à 1,200,000 livres sterling (30,000,000 fr.), avait été faite en monnaie étrangère et en lingots ; le reste fut effectué par des envois de traites. Il fallait nécessairement varier le mode de la remise selon l’état du change. Des lettres de change furent achetées selon les circonstances, sur Madrid, Cadix, Lisbonne, de préférence à des envois de lingots ou remises directes sur Hambourg.

    M. Boyd, dans les explications données au comité secret de la Chambre des lords, en 1797, dit : « C’est en ne demandant à aucun des moyens de remise rien au delà de ce qu’on pouvait raisonnablement en attendre, que nous sommes parvenus à mener à bonne fin une opération aussi importante, sans amener des variations notables dans le cours du change. L’effet naturel d’aussi grandes dépenses extérieures doit être de créer à l’étranger des demandes d’argent très-considérables, et d’exposer par un contre-coup naturel la banque d’Angleterre à de fortes demandes d’espèces, puisque l’exportation en devient alors très-avantageuse. C’est par ces circonstances qu’il sera facile de justifier la suspension par la banque d’Angleterre de ses payements en espèces. Buchanan.