Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/413

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des fonds beaucoup plus considérables qu’aucune société particulière de commerce ne peut se flatter d’en réunir. Le capital de la compagnie de la mer du Sud se trouva monter une fois à plus de 33 millions 800 mille liv. Le capital, portant dividende, de la Banque d’Angleterre monte actuellement à 10 millions 780 mille liv. Néanmoins, les directeurs de ces sortes de compagnies étant les régisseurs de l’argent d’autrui plutôt que de leur propre argent, on ne peut guère s’attendre à ce qu’ils y apportent cette vigilance exacte et soucieuse que les associés d’une société apportent souvent dans le maniement de leurs fonds. Tels que les intendants d’un riche particulier, ils sont portés à croire que l’attention sur les petites choses ne conviendrait pas à l’honneur de leurs maîtres, et ils se dispensent très-aisément de l’avoir. Ainsi, la négligence et la profusion doivent toujours dominer plus ou moins dans l’administration des affaires de la compagnie. C’est pour cette raison que les compagnies par actions pour le commerce étranger ont rarement été en état de soutenir la concurrence contre les particuliers qui se sont aventurés dans le même commerce. Aussi, ont-elles très-rarement réussi sans l’aide d’un privilège exclusif, et souvent encore elles n’ont pas réussi même avec cette aide. Sans privilège exclusif, elles ont ordinairement mal dirigé le commerce dont elles se sont mêlées ; avec le privilège exclusif, elles l’ont mal dirigé et l’ont comprimé tout à la fois.

La compagnie royale d’Afrique, qui a précédé la compagnie actuelle d’Afrique, avait un privilège exclusif par charte ; mais, comme cette charte n’avait pas été confir­mée par acte du parlement, le commerce fut bientôt, après la Révolution, en consé­quence de la déclaration des droits, laissé ouvert à tous les sujets de Sa Majesté. La compagnie de la baie d’Hudson, quant à ses droits légaux, est dans la même situa­tion que la compagnie royale d’Afrique. Sa charte exclusive n’a pas été confirmée par acte du parlement. La compagnie de la mer du Sud, tant qu’elle demeura compagnie com­mer­çante, eut un privilège exclusif confirmé par acte du parlement, comme l’a pareil­le­ment la compagnie actuelle des marchands faisant le commerce aux Indes Orientales.

La compagnie royale d’Afrique s’aperçut bientôt qu’elle ne pouvait soutenir la con­­currence contre les particuliers qui se livraient à son genre de commerce, et dont pendant quelque temps, malgré la déclaration des droits, elle traita le commerce de commerce interlope et le