Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/414

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persécuta même comme tel. Néanmoins, en 1698, ces commerçants particuliers furent assujettis à un droit de 10 pour 100 sur presque toutes les différentes branches de leur commerce, pour servir à l’entretien des forts et garnisons de la compagnie. Mais, malgré cette forte taxe, la compagnie fut toujours hors d’état de soutenir la concurrence. Son capital et son crédit vinrent à dépérir successivement. En 1712, ses dettes étaient devenues si considérables, qu’on pensa qu’un acte du parlement était nécessaire, autant pour sa sûreté que pour celle de ses créanciers. Il fut statué qu’une délibération, consentie par les deux tiers de ses créanciers en nombre et en valeur, serait obligatoire contre le reste, tant à l’égard des délais qu’on pourrait accorder à la compagnie pour le payement de ses dettes, qu’à l’égard de tout autre accord qu’on pourrait trouver convenable de faire avec elle au sujet de ces dettes. En 1730, ses affaires étaient en un si grand désordre, qu’elle se trouva absolument hors d’état d’entretenir ses forts et garnisons, le seul objet ou prétexte de son institution. Depuis cette année jusqu’à sa dissolution finale, le parlement jugea indispensable de lui accorder pour cet objet une somme annuelle de 10,000 liv. et, en 1732, après avoir fait avec perte, pendant plusieurs années, le commerce de transporter des nègres aux Indes Occidentales, la compagnie prit à la fin le parti de l’abandonner tout à fait ; se contentant de vendre aux commerçants particuliers qui faisaient le commerce avec l’Amérique les nègres qu’elle achetait sur la côte, et d’employer ses agents à commercer avec l’intérieur de l’Afrique pour en avoir de la poudre d’or, des dents d’éléphant, des drogues pour la teinture, etc. Mais ses succès dans ce commerce borné ne furent pas plus grands que dans son premier commerce plus étendu. Ses affaires continuèrent toujours à aller par degrés de mal en pis, jusqu’à ce qu’enfin devenue, sous tous les rapports, une compagnie banqueroutière, elle fut dissoute par acte du parlement, et ses forts et garnisons remis entre les mains de la compagnie privilégiée qui existe aujourd’hui sous le nom de compagnie des marchands faisant le commerce d’Afrique. Avant que la compagnie royale d’Afrique fût érigée, il y avait eu successivement trois autres compagnies par actions établies l’une après l’autre pour le commerce d’Afrique. Elles furent toutes également malheureuses. Cependant, elles eurent toutes des chartes exclusives, qui ne furent pas, à la vérité, confirmées par acte du parlement, mais qui n’en étaient pas moins dans ce temps-là réputées transmettre un véritable privilège exclusif.