Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/607

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pres à être imposées, ils sont partout payés avec moins de murmure que tout autre. Quand ils sont avancés par le marchand ou le manufacturier, alors le consommateur qui les paie en définitive vient bientôt à les confondre avec le prix même de la marchandise, et à ne s’apercevoir presque pas qu’il paie l’impôt.

Ces sortes d’impôts sont ou peuvent être parfaitement exempts de toute incertitude, c’est-à-dire qu’ils peuvent être assis de manière à ne laisser aucun doute, ni sur ce qu’il y a à payer, ni sur le moment où il faut payer, ni sur la quotité ni sur l’époque du payement. Quelles que soient les incertitudes qui puissent se présenter quelquefois, ou dans les droits de douane de la Grande-Bretagne, ou dans les autres droits de même espèce établis dans d’autres pays, elles ne proviennent nullement de la nature de ces impôts, mais d’un défaut d’exactitude ou de précision dans les termes de la loi qui les a établis.

Les impôts sur les objets de luxe se payent en général, et peuvent toujours se payer petit à petit, ou bien au fur et à mesure que le contribuable a besoin d’acheter les objets sur lesquels ces impôts sont établis. Ils sont, ou au moins ils peuvent être les plus commodes de tous les impôts pour l’époque et pour le mode de payement. Ainsi, en résumé, ces sortes d’impôts sont peut-être aussi conformes que tout autre aux trois premières des quatre règles générales qui concernent les impositions. Ils choquent, sous tous les rapports, la quatrième de ces règles.

À proportion de la somme que ces sortes d’impôts font entrer dans le Trésor public de l’État, ils prennent plus d’argent au peuple ou lui en tiennent plus longtemps hors des mains, que ne fait presque toute autre espèce d’impôt. Ils produisent ce mauvais effet, à ce qu’il semble, de toutes les quatre manières différentes dont il soit possible de le produire.

Premièrement, la perception de ces sortes d’impôts, même quand ils sont établis de la manière la plus judicieuse, exige un grand nombre de bureaux de douane et d’officiers d’accise, dont les salaires et les rétributions casuelles établissent sur le peuple un véritable impôt qui ne rapporte rien au Trésor de l’État. Cependant il faut avouer que cette dépense est, en Angleterre, plus modérée que dans la plupart des autres pays. Dans l’année qui a fini au 5 juillet 1775, le produit total ou brut des différents droits qui sont sous la régie des commissaires de l’accise, en Angleterre, s’est monté à une somme de 5,507,300 liv.