Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/619

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les meilleurs renseignements que j’ai pu me procurer (quoique j’avoue qu’ils sont encore très-imparfaits), varie pour l’ordinaire entre 308 et 325 millions de livres tournois, c’est-à-dire qu’elle n’allait pas à 15 millions sterling, pas à la moitié de ce qu’on aurait dû espérer si, relativement à la population, le peuple eût contribué dans la même proportion que le peuple de la Grande-Bretagne. C’est pourtant une chose généralement reconnue, qu’en France le peuple souffre infiniment plus d’oppression par les impôts que celui de la Grande-Bretagne. Néanmoins, après la Grande-Bretagne, la France est certainement, de tous les grands empires de l’Europe, celui qui jouit du gouvernement le plus doux et le plus modéré.

On dit qu’en Hollande les impôts très-lourds sur les choses de première nécessité ont ruiné les principales manufactures, et menacent peu à peu d’un semblable dépérissement jusqu’aux pêcheries et au commerce de la construction des vaisseaux. Les impôts sur les choses de nécessité sont peu importants dans la Grande-Bretagne, et jusqu’à présent ils n’ont amené la destruction d’aucun genre de manufacture ; les impôts qui pèsent de la manière la plus fâcheuse sur les manufactures en Angleterre, ce sont quelques droits sur l’importation de matières premières non ouvrées, particulièrement sur les soies écrues. En Hollande, toutefois, le revenu des États-Généraux et des villes se monte, à ce qu’on dit, à plus de 5,250,000 liv. sterling ; et comme on ne peut guère supposer que la population des Provinces-Unies aille à plus d’un tiers de celle de la Grande-Bretagne, il faut que, proportion gardée, les habitants de ces provinces soient beaucoup plus fortement imposés.

Après que tous les objets propres à supporter une imposition ont été épuisés, si les besoins de l’État viennent encore à exiger de nouveaux impôts, il faut bien les établir sur des objets qu’il ne serait pas convenable d’imposer. Ainsi, ces impôts sur les choses de première nécessité ne sont pas un motif d’attaquer la sagesse de cette république, qui, pour conquérir et maintenir son indépendance, s’est vue, malgré son extrême économie, entraînée dans des guerres dispendieuses et réduite à contracter des dettes immenses. Les seuls pays de la Hollande et de la Zélande exigent, en outre, une dépense considérable pour conserver leur existence, c’est-à-dire pour se préserver d’être engloutis par la mer ; ce qui doit avoir contribué à augmenter extrêmement la masse des impôts dans ces deux provinces. La forme républicaine du gou-