Page:Société agricole et scientifique de la Haute-Loire - Mémoires et procès-verbaux, 1879-1880, Tome 2.djvu/278

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les rochebaron

toire de Bayard, par le loyal serviteur — nous fait assister à une scène charmante, qui donne bien la note des éducations de famille au moyen âge et révèle comment les barons d’autrefois préludaient à l’apprentissage de leurs fils. Le père de Bayard, déjà chenu et tout cassé, a réuni à sa table son frère, l’évêque de Grenoble et un certain nombre de cousins et d’agnats, pour les aviser d’une résolution importante. Sur la fin du dîner, et après grâces dites, le bon vieillard tient ce discours à la compagnie :

« Monseigneur et messeigneurs, l’occasion pourquoy vous ai mandés est tems d’estre déclarée ; car tous estes mes parents et amys, et jà voyez-vous que je suis par vieillesse si oppressé, qu’il est quasi impossible que je sache vivre deux ans. Dieu m’a donné quatre filz ; de chacun ai bien voulu enquérir quel train ilz veulent tenir. Et entre aultres m’a dict mon filz Pierre qu’il veult suivre les armes, dont il m’a fait un singulier plaisir, car il ressemble entièrement de toutes façons à mon grand-père, vostre parent. Et si de conditions il luy veult aussy bien ressembler, il est impossible qu’il ne soit en son vivant un grand homme de bien, dont je croys que chascun de vous, comme mes bons parents et amys, seriez bien aises. Il m’est besoing, pour son commencement, le mectre de quelque prince ou seigneur, afin qu’il apprenne à se contenir honnestement ; et, quand il sera un peu plus grand, apprendre le train des armes. Je vous prye tant que je puys, que chascun me conseille, en son endroit, le lieu où je le pourroy mieulx loger. »

Sur ce discours, la délibération s’ouvre : l’un des plus anciens gentilshommes veut que le petit Pierre soit envoyé au roi de France, un autre parent dit que le jouvenceau serait très bien à la cour du duc de Bourbon et chacun à la suite de deviser et d’opiner ; mais l’évêque déclare que son neveu ne saurait trouver meilleure école que chez le duc de Savoie et il s’offre à conduire lui-même le garçonnet « après l’avoir très bien mis en ordre et garni d’un bas et bon petit roussin qu’il a, depuis trois ou quatre jours, recouvré du seigneur d’Uriage. »