Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/238

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plaisantes rencontres. Il disoit qu’elle devoit craindre que ce cornard ne la frappât avec les armes de sa tête lorsqu’elle l’offenseroit, et que, quant à lui, il seroit bien empêché à trouver des chapeaux qui lui fussent propres, et qu’il falloit rehausser les portes de son logis s’il y vouloit entrer aisément sans se courber ; et même, voyez sa subtilité, il dit pareillement que les cornes étoient venues à Actéon parce qu’il avoit vu Diane toute nue ; mais qu’au contraire elles étoient venues à ce cocu-ci parce qu’il n’avoit pas la curiosité de voir souvent sa femme dépouillée de ses habillemens.

Il entendit dire qu’une fille de notre quartier avoit eu un enfant dont le père étoit inconnu. Vous verrez, dit-il, que c’est qu’elle a passé par les armes, et que tous ses champions ont tiré contre elle en salve, si bien qu’on ne sçait qui a donné le coup.

Il dit encore, de la même, qu’il la comparoit à une personne qui se seroit piqué les mains en touchant à des épines, et ne pourroit dire laquelle ce seroit de toutes qui auroit fait la blessure.

Comme l’on lui parloit encore d’une autre fille qui étoit grosse, sans que l’on pût sçavoir qui c’étoit qui l’avoit engrossée, il dit : Ah ! vous verrez que c’est Hélène, elle est grosse de Paris.

Nous oyant une fois parler de pollutions nocturnes, il s’en vint nous dire : Sçavez-vous bien ce que c’est, vous qui faites les renchéris ? Apprenez que c’est recevoir des coups de bâton la nuit : le dos en est pollué d’une étrange façon.

Clérante avoit été tirer la bague à la place Royale, et quelqu’un, pour louer son cheval, disoit qu’il couroit si vite, qu’il laissoit le vent derrière soi. Ceci sembleroit peu vraisemblable, si je n’en donnois l’explication, dit Collinet ; c’est sans doute que le cheval de mon bon seigneur a peté quand il couroit dans la lice.

Quelquefois il se vouloit mêler de faire des vers, comme vous sçavez que c’est un grand avantage pour la poésie que d’être fol. Il avoit récité de ces beaux ouvrages à un gentilhomme qui hantoit chez Clérante, et, ayant appris qu’il s’alloit marier, il s’étoit offert à faire son épithalame. Ce gentilhomme, l’abordant donc peu de temps après, lui dit : Eh bien, monsieur Collinet, comment va la Muse ? Ma foi, répondit-il, nous ferions bien un bel instrument nous deux :