Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/24

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pas ; car le bon pélerin Francion la devoit venir trouver cette nuit-là par une échelle de corde qu’elle avoit attachée à une fenêtre, et elle se promettoit bien qu’il lui feroit sentir des douceurs dont son mari n’avoit pas seulement la puissance de lui faire apercevoir l’image.

Il faut savoir que quatre voleurs, ayant un peu auparavant appris qu’il y avoit beaucoup de riches meubles dedans ce château, dont Valentin étoit le concierge, s’étoient résolus de le piller, et, pour y parvenir, avoient fait vêtir en fille le plus jeune d’entre eux, qui étoit assez beau garçon, lui conseillant de chercher le moyen d’y demeurer quelque temps pour remarquer les lieux où tout étoit enfermé, et pour tâcher d’en avoir les clefs, afin qu’ils pussent ravir ce qu’ils voudroient. Ce voleur, prenant le nom de Catherine, étoit donc entré il y avoit plus de huit jours chez Valentin pour lui demander l’aumône, et lui avoit fait accroire qu’il étoit une pauvre fille dont le père avoit été pendu pour des crimes faussement imputés, et qu’elle n’avoit pas voulu demeurer en son pays à cause que cela l’avoit rendue comme infâme. Valentin, étant touché de pitié au récit des infortunes controuvées de cette Catherine, et voyant qu’elle s’offroit à le servir sans demander des gages, l’avoit retirée volontiers dedans sa maison. Ses services complaisans et sa façon modeste, qu’elle savoit bien garder en tout temps, lui avoient déjà acquis de telle sorte la bienveillance de sa maîtresse, qu’elle avoit eu d’elle la charge du maniement de tout le ménage. On se fioit tant en elle, qu’elle avoit beau prendre les clefs de quelque chambre, voire les garder longtemps, sans que l’on craignit qu’elle fit tort de quelque chose et que l’on les lui redemandât.

Le jour précédent, en allant à l’eau à une fontaine hors du village, elle avoit rencontré un de ses compagnons qui venoit pour savoir de ses nouvelles, pendant que les autres étoient à un bourg prochain, en attendant l’occasion favorable à leur entreprise. Elle lui avoit assuré que, s’ils venoient la nuit, ils auroient moyen d’entrer dans le château pour y piller beaucoup de choses qui étoient en sa puissance, et qu’elle leur jetteroit l’échelle de corde qu’un d’eux lui avoit baillée en secret il n’y avoit que deux jours. Les trois voleurs n’avoient donc pas manqué à venir à l’heure proposée ; et, comme ils furent descendus dans les fossés du château, ils virent aval-