Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/336

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cion fit approcher sa femme, et leur dit à tous deux qu’il falloit qu’ils fissent un perdurable accord. Le mari, qui ne demandoit qu’amour et simplesse, y consentit bientôt, et la femme en fit de même, y étant contrainte par la nécessité et ne pouvant plus faire l’enragée. Je veux donc, dit Francion, que tout à cette heure Robin me montre s’il n’est pas assez valeureux pour contenter sa femme sans qu’elle aille à la €Cour des aides[1].

Belles dames, qui ne pouvez sans rougir ouïr parler des choses que vous aimez le mieux, je sçais bien que, si vous jetez les yeux ici et en beaucoup d’autres endroits de ce livre, vous le quitterez aussitôt et m’aurez par aventure en haine, ou vous le feindrez à tout le moins, pour faire les chastes et les retirées. Néanmoins, j’aime tant la vérité, que, malgré votre fâcheuse humeur, je ne veux rien celer, et principalement de ce qui profite plus étant divulgué qu’étant passé sous silence.

Robin, après quelques résistances, s’accorda donc au désir de Francion, étant fort aise d’avoir les yeux d’un si grand personnage pour témoins irréprochables des preuves de sa vaillance ; mais sa femme faisoit la honteuse et disoit qu’elle mourroit plutôt que d’endurer que l’on lui fît une si vilaine •chose devant les gens. Eh quoi ! dit Francion, ne sçait-on pas bien ce que vous faites étant ensemble ? le pensez-vous celer ? à quoi cela vous peut-il servir ? quand je vous l’aurois vu faire et que je serois le plus grand bavard de la terre, je ne sçaurois dire autre chose, sinon que vous l’avez fait. Or cela n’est pas nouveau : dès maintenant le puis-je pas dire, puisque c’est la vérité ? Outre cela, pensez-vous que je ne sois pas aussi capable de juger de cette matière que les chirurgiens, et que je ne fasse pas un jugement si équitable que vous ne serez point en peine d’aller à l’officialité, où vous emploieriez beaucoup de peine et d’argent[2] ? Nonobstant

  1. La cour des aides, au figuré et dans le style badin, est le recours qu’a une femme à un galant, pour suppléer au peu de force de •son mari. Dict. com. de Leroux.
  2. L’officialité était un tribunal ecclésiastique appelé à statuer principalement sur les actions en promesse ou en dissolution de mariage. — Voy. les précieux détails que donne Tallemant des Réaux sur le Congrès, dans l’historiette de madame de Langey.