Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/536

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c’étoit un pauvre jeune homme qui avoit la fièvre, et que l’on l’avoit fait mettre au lit.

Quand l’heure du dîner fut venue, nos gentilshommes françois se mirent tous à table, et du Buisson pareillement, s’étant assez reposé. Ils ne cessoient de se railler l’un l’autre sur leurs aventures. Il n’y avoit qu’Audebert à qui l’on ne pouvoit point faire d’attaque ; car, encore qu’il fût homme fort récréatif, si est-ce qu’il étoit d’une humeur fort tempérée et fort sage ; et il s’amusoit plutôt à conférer avec les doctes du pays qu’à chercher l’accointance des plus belles courtisanes. Francion, ayant considéré la fortune de tous les autres, avouoit naïvement qu’il n’y en avoit eu pas un qui eût eu tant de malheur que lui, et que, Valère et Ergaste s’étant accordés à lui faire du mal, l’on devoit mettre en doute qui c’étoit qui lui avoit nui davantage. Il y en avoit qui disoient que c’étoit Valère qui l’avoit fait accuser de fausse monnoie, ce qui étoit un crime honteux, qui recevoit la mort pour sa punition ; mais il soutenoit, pour lui, que c’étoit Ergaste qui lui avoit apporté le plus de dommage, lui faisant perdre les bonnes grâces de Nays ; et le mal qu’il lui avoit fait n’étoit pas principalement lorsqu’il avoit fait en sorte que l’on lui avoit donné la connoissance d’Émilie, car il n’avoit eu que du plaisir dans sa conversation ; mais c’étoit lorsqu’il avoit fait provoquer cette Émilie à s’aller plaindre de lui à Nays. Un peu après leur repas, Dorini le vint trouver pour lui dire que Lucio avoit eu tant de soin de son affaire, qu’il l’avoit rendu moins odieux à sa cousine ; tellement qu’elle permettoit qu’il la vînt visiter cette après-dînée. Il se prépara aussitôt pour cette visite, et se mit mieux en point qu’il n’étoit auparavant, n’ayant pas eu le soin de s’accommoder dedans un lieu qui lui servoit de prison. Il fut assisté de toute cette noblesse françoise, et, comme Nays le vit, elle se mit sur une contenance extrêmement sérieuse et magistrale ; mais il ne craignoit rien pourtant, et lui parla de cette sorte : Voici un innocent qui avoit été faussement accusé, lequel vous vient donner des témoignages de sa probité. Ne soyez pas si vain, lui dit-elle, que de dire que vous avez été tout à fait exempt de faute ; car vous m’ôteriez par ce moyen la gloire de vous pardonner. Puisque le pardon m’est assuré de votre part, répliqua Francion, je veux bien m’estimer coupable. Mais vous l’êtes aussi en