Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/8

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blant d’en faire l’éloge, lorsqu’il en faisoit en effet la censure, et il ressembloit à ces bêtes dangereuses qui en pensant flatter égratignent ; car il ne pouvoit souffrir la gloire des autres ; et autant de choses qu’on mettoit au jour, c’étoient autant de tourmens qu’on lui préparoit… Sa vanité naturelle s’étoit accrue par quelque réputation qu’il avoit eue en jeunesse, à cause de quelques petits ouvrages qui avoient eu quelque débit [1]. »

Un de ces « petits ouvrages, » celui-là même que nous réimprimons, a eu, il faut l’avouer, un certain « débit, » car, comme nous l’avons vu, le nombre de ses éditions s’élève à plus de soixante [2]. Furetière parle plus légèrement qu’il ne le devrait d’un livre qui a, pour ainsi dire, engendré le Roman bourgeois, et qui, avec le Berger extravagant (autre « petit ouvrage » du même Ch. Sorel), n’a pas peu contribué à détrôner la pastorale. Ce dédain, comme chacun des traits lancés contre notre auteur, atteste une animosité profonde, animosité dont la cause est restée inconnue : on n’en trouve trace nulle part. Le Roman bourgeois date de 1666 ; or, en 1658, dans sa Nouvelle allégorique, Furetière avait dit de Sorel que c’était un auteur « d’excellents livres satiriques et comiques, qui s’étoit rendu formidable aux quarante barons [3]. » Et Sorel, dans sa Bibliothèque françoise (1664), lui avait rendu la monnaie de sa pièce : « M. de Furetière, écrit-il, nous a donné, il y a quelques années, la Relation des guerres de l’éloquence (il veut parler de la Nouvelle allégorique), laquelle contient une fort agréable description des différends de divers auteurs du siècle, représenté sous le nom de généraux d’armée et de capitaines. Si quelques-uns y sont en des places où ils ne voudroient pas estre, ils devoient tâcher d’en mériter une meilleure. » Il ne pouvait guère s’attendre aux violentes attaques dirigées contre lui dans le Roman bourgeois. Au moment où la publication de ce livre était annoncée, préparant la deuxième édition de sa Bibliothèque françoise, ne s’est-il pas hâté d’en faire l’éloge par avance, sur la foi des amis de Furetière ? Il l’annonce lui-même en ces termes : « Voilà qu’on nous donne un livre appelé le Roman bourgeois, dont il y a déjà quelque temps qu’on a ouï parler et qui doit être fort divertissant suivant l’opinion de diverses personnes. Comme on croit que cet ouvrage a toutes les bonnes qualités des livres comiques et des burlesques tout ensemble, quand on l’aura vu, on le mettra avec ceux de son genre, selon le rang que son mérite pourra lui apporter. » La

  1. Roman bourgeois, édition elzévirienne, p. 220-222.
  2. L’Histoire de Francion a été imprimée plus de soixante fois. Bibliothèque universelle des romans, juillet, 1er vol., 1781, p. 65.
  3. Par son Rôle des présentations françoises faites aux grands jours de l’Éloquence françoise (1646), et par son Discours sur l’Académie Françoise, établie pour la correction et l’embellissement du langage, pour sçavoir si elle est de quelque utilité aux particuliers et au public (1654).