Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/94

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semblera, il s’est avisé de la donner en mariage à Valentin, avec quelques avantages, comme une récompense des services qu’il a reçus de lui. Valentin et elle sont venus demeurer en un château ici proche, où je m’en vais lui présenter les recommandations d’un brave financier, qui obtiendra plus en un jour que Francion n’a fait en trois mois. Ma foi, il le mérite aussi, quand ce ne seroit qu’à cause que son affection est née en un temps remarquable, et pour un charitable sujet. La première fois qu’il vit Laurette, ce fut dans l’église, comme l’on la marioit ; et, considérant que son époux ne lui donneroit pas tout ce qu’elle pourroit désirer, il se proposa, par amitié fraternelle, de lui subvenir. Dans peu de temps, vous le verrez en cette contrée ; car il est si assurée que je m’acquitterai bien de ma charge, que je crois qu’il est déjà parti de Paris.

Êtes-vous content à cette heure, Francion ? Voilà tout ce que je vous puis dire de votre maîtresse : l’aimez-vous encore aussi ardemment que vous faisiez ?

Je suis plus son serviteur que jamais, répondit Francion, et assurez-vous que, n’étoit que la mémoire est toute récente en son village de certaines folies qui se sont passées, parmi lesquelles on m’a mêlé, je m’y en retournerois, et ferois, je m’assure, plus par mes soumissions et par mes témoignages d’amitié que vous et votre beau financier par l’argent, sur qui vous fondez toute votre espérance. Ira-t-elle aimer un sot, dont elle verra les pistoles plutôt que la personne même qui, je m’assure, n’a aucun mérite, puisqu’en un mot ce n’est qu’un financier ? Ah ! mon ami Francion, reprit Agathe, vous sçavez bien quelle puissance je vous ai dit que l’argent a sur l’esprit de Laurette. Oui, mais elle est femme, repartit Francion, et n’est pas insensible aux plaisirs qu’on reçoit avec une personne dont le mérite est agréable. Il se peut bien faire que, pour attraper quelques ducats, elle se donnera en proie aux désirs d’un badaud ; mais elle ne le chérira pas pourtant, et, quand elle verra sa bourse vide, elle se videra pareillement de l’affection qu’elle aura feint de lui porter. Faites du pire que vous pourrez, Agathe ; aussitôt que le moule de mon timbre[1] sera guéri de sa plaie, j’irai voir secrètement

  1. Allusion à sa bourse vide.