Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/160

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emprunter aux procédures juridiques que la société engage contre des criminels.

Plus le syndicalisme se développera, en abandonnant les vieilles superstitions qui viennent de l’Ancien Régime et de l’Église — par le canal des gens de lettres, des professeurs de philosophie et des historiens de la Révolution, — plus les conflits sociaux prendront un caractère de pure lutte, semblable à celles des armées en campagne. On ne saurait trop exécrer les gens qui enseignent au peuple qu’il doit exécuter je ne sais quel mandat superlativement idéaliste d’une justice en marche vers l’avenir. Ces gens travaillent à maintenir les idées sur l’État qui ont provoqué toutes les scènes sanglantes de 93, tandis que la notion de lutte de classe tend à épurer la notion de violence.


IV


Le syndicalisme se trouve engagé, en France, dans une propagande antimilitariste qui montre clairement l’immense distance qui le sépare du socialisme parlementaire sur cette question de l’État. Beaucoup de journaux croient qu’il s’agit là seulement d’un mouvement humanitaire exagéré, qu’auraient provoqué les articles de Hervé ; c’est une grosse erreur. Il ne faut pas croire que l’on proteste contre la dureté de la discipline, ou contre la durée du service militaire, ou contre la présence dans les grades supérieurs d’officiers hostiles aux institutions actuelles[1] ;

  1. Suivant Joseph Reinach on a ou le tort, après la guerre,