Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/180

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polémique relative aux réformes sociales réalisables, Clemenceau faisait ressortit ce qu’a de machiavélique l’attitude de Jaurès quand il est en face d’illusions populaires : il met sa conscience à l’abri de « quelque sentence habilement balancée », mais si habilement balancée qu’elle « sera distraitement accueillie par ceux qui ont le plus grand besoin d’en pénétrer la substance, tandis qu’ils s’abreuveront avec délices à la rhétorique trompeuse des joies terrestres à venir » (« Aurore, » 28 décembre 1905). Mais quand il s’agit de la grève générale, c’est tout autre chose ; nos politiciens ne se contentent plus de réserves compliquées ; ils parlent avec violence et s’efforcent d’amener leurs auditeurs à abandonner cette conception.

La cause de cette attitude est facile à comprendre : les politiciens n’ont aucun danger à redouter des utopies qui présentent au peuple un mirage trompeur de l’avenir et orientent « les hommes vers des réalisations prochaines de terrestre félicité, dont une faible partie ne peut être scientifiquement le résultat que d’un très long effort ». (c’est ce que font les politiciens socialistes d’après Clemenceau.) plus les électeurs croiront facilement aux forces magiques de l’État, plus ils seront disposés à voter pour le candidat qui promet des merveilles ; dans la lutte

    un si grand succès. Ces romans auraient d’autant mieux nécessité une critique qu’ils présentent au peuple un idéal de vie toute bourgeoise. Ils étaient un produit naturel de l’Amérique, pays qui ignore la lutte de classe ; mais en Europe, les théoriciens de la lutte de classe ne les auraient-ils pas compris ?