Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/183

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La nouvelle école a eu beaucoup de peine à se dégager de ces influences ; elle a été formée par des personnes qui avaient reçu à un très haut degré une empreinte marxiste ; elle a été longtemps avant de connaître que les objections adressées à la grève générale provenaient de l’incapacité des représentants officiels du marxisme plutôt que des principes mêmes de la doctrine[1].

La nouvelle école a commencé son émancipation le jour où elle a clairement discerné que les formules du socialisme s’éloignaient souvent beaucoup de l’esprit de Marx et qu’elle a préconisé un retour à cet esprit. Ce n’était pas sans une certaine stupéfaction qu’elle s’apercevait que l’on avait mis sur le compte du maître de prétendues inventions qui provenaient de ses prédécesseurs ou qui même étaient des lieux communs à l’époque où fut rédigé le Manifeste communiste. Suivant un auteur qui a sa place parmi les gens bien informés — selon le gouvernement et le Musée Social — « l’accumulation [du capital dans les mains de quelques individus] est une des grandes découvertes de Marx, une des trouvailles dont il était le plus fier »[2]. N’en déplaise à la science historique de ce notable universitaire, cette thèse

  1. Dans un article sur l' Introduction à la métaphysique, publié en 1903, Bergson signale que les disciples sont toujours portés à exagérer les divergences qui existent entre les maîtres et que « le maître, en tant qu'il formule, développe, traduit en idées abstraites ce qu'il apporte, est déjà, en quelque sorte, un disciple vis-à-vis de lui-même ». (Cahiers de la Quinzaine, 12e cahier de la ive série, pp. 22-23.)
  2. A. Métin, op. cit., p. 191.