Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/196

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tion identique à celle de Marx. Les ouvriers qui cessent de travailler, ne viennent pas présenter aux patrons des projets de meilleure organisation du travail et ne leur offrent pas leur concours pour mieux diriger ses affaires ; en un mot, l’utopie n’a aucune place dans les conflits économiques. Jaurès et ses amis sentent fort bien qu’il y a là une terrible présomption contre leurs conceptions relatives à la manière de réaliser le socialisme : ils voudraient que dans la pratique des grèves s’introduisissent déjà des fragments de programmes industriels fabriqués par les doctes sociologues et acceptés par les ouvriers ; ils voudraient voir se produire ce qu’ils appellent le parlementarisme industriel, qui comporterait, tout comme de parlementarisme politique, des masses conduites et des rhéteurs qui leur imposent une direction. Ce serait l’apprentissage de leur socialisme menteur qui devrait commencer dès maintenant.

Avec la grève générale, toutes ces belles choses disparaissent ; la révolution apparaît comme une pure et simple révolte et nulle place n’est réservée aux sociologues, aux gens du monde amis des réformes sociales, aux intellectuels qui ont embrassé la profession de penser pour le prolétariat.


C. — Le socialisme a toujours effrayé, en raison de l’inconnu énorme qu’il renferme ; on sent qu’une transformation de ce genre ne permettrait pas un retour en arrière. Les utopistes ont employé tout leur art littéraire à essayer d’endormir les âmes par des tableaux si enchanteurs que toute crainte fût bannie ; mais plus ils accumulaient de belles promesses, plus les gens sérieux