Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/202

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des fins pratiques, que de s’endormir au son de belles phrases débitées sur le bonheur de l’humanité future.

Les adorateurs de la science vaine et fausse dont il est question ici, ne se mettaient guère en peine de l’objection qu’on eût pu leur adresser au sujet de l’impuissance de leurs moyens de détermination. Leur conception de la science, étant dérivée de l’astronomie, supposerait que toute chose est susceptible d’être rapportée à une loi mathématique. Évidemment il n’y a pas de lois de ce genre en sociologie ; mais l’homme est toujours sensible aux analogies qui se rapportent aux formes d’expression : on pensait qu’on avait déjà atteint un haut degré de perfection, et qu’on faisait déjà de la science lorsqu’on avait pu présenter une doctrine d’une manière simple, claire, déductive, en partant de principes contre lesquels le bon sens ne se révolte pas, et qui peuvent être regardés comme confirmés par quelques expériences communes. Cette prétendue science est toute de bavardage[1].

  1. « On n’a pas assez remarqué combien la portée de la déduction est faible dans les sciences psychologiques et morales… Bien vite il faut en appeler au bon sens, c’est-à-dire à l’expérience continue du réel, pour infléchir les conséquences déduites et les recourber le long des sinuosités de la vie. La déduction ne réussit pas dans les choses morales que métaphoriquement, pour ainsi dire. » (Bergson, Évolution créatrice, pp. 231-232.) — Newman avait écrit quelque chose d’analogue et de plus net encore : « Le logicien change de belles rivières sinueuses et rapides en canaux navigables… Ce qu’il cherche, ce n’est pas à vérifier des faits dans le concret, mais à trouver des termes moyens : et pourvu qu’entre ces termes moyens et leurs extrêmes, il n’y ait pas