Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/207

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B. — 1° Dans la morale, la partie que l’on peut exprimer facilement dans les exposés clairement déduits, est celle qui se rapporte aux relations équitables des hommes ; elle renferme des maximes qui se retrouvent dans beaucoup de civilisations différentes ; on a cru, en conséquence, pendant longtemps, que l’on pourrait trouver dans un résumé de ces préceptes les bases d’une morale naturelle propre à toute l’humanité. La partie obscure de la morale est celle qui a trait aux rapports sexuels ; elle ne se laisse pas facilement déterminer par des formules ; pour la pénétrer, il faut avoir habité un pays pendant un grand nombre d’années. C’est aussi la partie fondamentale ; quand on la connaît, on comprend toute la psychologie d’un peuple ; on s’aperçoit alors que la prétendue uniformité du premier système dissimulait, en fait, beaucoup de différences : des maximes à peu près identiques pouvaient correspondre à des applications fort diverses ; la clarté n’était que leurre.

2° Dans la législation, tout le monde voit de suite que le code des obligations constitue la partie claire, celle qu’on peut nommer scientifique ; ici encore on trouve une grande uniformité dans les règles adoptées par les peuples et on a cru qu’il y aurait un sérieux intérêt à rédiger un code commun fondé sur une revision raisonnable de ceux qui existent ; mais la pratique montre encore que, suivant les pays, les tribunaux ne comprennent pas,

    mais ils ne tardèrent pas à peindre, eux aussi, par des procédés d’école et alors il y eut un scandaleux contraste entre leurs œuvres et les fins qu’ils prétendaient encore se proposer.