Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/272

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qu’ils les remplacèrent[1] : parfois on trouve consignée, dans la littérature des persécutions, d’une manière aussi claire que dans les apocalypses, l’horreur que les fidèles éprouvaient pour les ministres de Satan qui les poursuivaient[2].

Nous pouvons donc concevoir que le socialisme soit parfaitement révolutionnaire, encore qu’il n’y ait que des conflits courts et peu nombreux, pourvu que ceux-ci aient une force suffisante pour pouvoir s’allier à l’idée de la grève générale : tous les événements apparaîtront alors sous une forme amplifiée et, les notions catastrophiques se maintenant, la scission sera parfaite. Ainsi se trouve écartée l’objection que l’on adresse souvent aux révolutionnaires : la civilisation n’est point menacée de succomber sous les conséquences d’un développement de la brutalité, puisque l’idée de grève générale permet d’alimenter la notion de lutte de classe au moyen d’incidents qui paraîtraient médiocres aux historiens bourgeois.


Lorsque les classes gouvernantes, n’osant plus gouverner, ont honte de leur situation privilégiée, s’acharnent

  1. Il est probable que la premiére génération chrétienne n'ont pas une complète intelligence de la possibilité de remplacer les apocalypses imitées de la littérature juive par les Actes des martyrs ; on s'expliquerait ainsi pourquoi nous ne possédons point de récits antérieurs à l'an 155 (lettre des Smyrniotes racontant la mort de saint Polycarpe) et pourquoi le souvenir d'un certain nombre de très anciens martyrs romains a pu être perdu.
  2. Renan, Marc-Aurèle, p. 500.