Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/273

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à faire des avances à leurs ennemis et proclament leur horreur pour toute scission dans la société, il devient beaucoup plus difficile de maintenir dans le prolétariat cette idée de scission sans laquelle il serait impossible au socialisme de remplir son rôle historique. Tant mieux, déclarent les braves gens ; nous pouvons donc espérer que l’avenir du monde ne sera pas livré aux gens grossiers qui ne respectent pas même l’État, qui se moquent des hautes idéologies bourgeoises et qui n’ont pas plus d’admiration pour les professionnels de la pensée élevée que pour les curés. Faisons donc tous les jours davantage pour les déshérités, disent ces messieurs ; montrons-nous plus chrétiens ou plus philanthropes ou plus démocrates (suivant le tempérament de chacun) ; unissons-nous pour l’accomplissement du devoir social,et nous aurons ainsi raison de ces affreux socialistes qui croient possible de ruiner le prestige des Intellectuels, après que les Intellectuels ont ruiné celui de l’Église. En fait ces combinaisons savantes et morales ont échoué ; la raison n’en est pas difficile à voir.

Le beau raisonnement de ces messieurs, des pontifes du devoir social, suppose que la violence ne pourra plus augmenter, ou même qu’elle diminuera au fur et à mesure que les Intellectuels feront plus de politesses, de platitudes et de grimaces en l’honneur de l’union des classes. Malheureusement pour ces grands penseurs, les choses se passent tout autrement ; il se trouve que la violence ne cesse de s’accroître au fur et à mesure qu’elle devrait diminuer d’après les principes de la haute sociologie. Il y a, en effet, de misérables socialistes qui profitent de la lâcheté bourgeoise pour entraîner les masses dans un