Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/296

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peu respectueuse de sa politique ; mais cette interprétation ne semblera nullement invraisemblable aux gens qui ont gardé le souvenir du cynisme avec lequel gouvernait alors celui qu’on nous représente aujourd’hui comme un grand libéral : on avait l’impression que la France était à la veille de connaître un régime rappelant les folies, la luxure et la brutalité des Césars. D’ailleurs, lorsque des circonstances imprévues ramenèrent Waldeck-Rousseau au pouvoir, il s’empressa de reprendre son ancienne politique et chercha à utiliser les syndicats contre ses adversaires.


On ne pouvait plus essayer, en 1899, de placer les associations ouvrières sous la direction des préfets, comme l’avait prévu la circulaire de 1884 ; mais il y avait d’autres moyens à employer et, en appelant Millerand au ministère, Waldeck-Rousseau crut avoir fait un coup de maître. Puisque Millerand avait su s’imposer comme chef aux socialistes jusque-là divisés en groupes irréconciliables, ne pouvait-il pas devenir le courtier qui ferait manœuvrer discrètement les syndicats en agissant sur leurs chefs ? On mit en œuvre tous les moyens de séduction pour assagir les ouvriers et les amener à avoir confiance dans les agents supérieurs du gouvernement de Défense républicaine.

On ne peut faire autrement que de penser à la politique que Napoléon entendait suivre en signant le Concordat ; il avait reconnu qu’il ne lui serait pas possible d’agir directement sur l’Église, comme un Henri VIII. « Faute de cette voie, dit Taine, il en prend une autre qui conduit au même but… Il ne veut pas altérer la croyance de ses