Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/334

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tant d’utopistes[1]. Ce n’est point sur un modèle idyllique, chrétien et bourgeois que la nouvelle école conçoit les choses ; elle sait que le progrès de la production requiert des qualités tout autres que celles que l’on rencontre chez les gens du monde ; c’est en raison des valeurs morales nécessaires pour perfectionner la production qu’elle a un souci considérable de l’éthique.

Elle se rapproche donc des économistes bien plus que des utopistes ; elle estime, comme G. De Molinari, que le progrès moral du prolétariat est aussi nécessaire que le progrès matériel de l’outillage, pour porter l’industrie moderne au niveau toujours plus élevé que la science technologique permet d’atteindre ; mais elle descend bien plus que cet auteur dans la profondeur du problème et ne se contente pas de vagues recommandations sur le devoir religieux[2] ; dans son désir insatiable de réalité, elle cherche à atteindre les racines mêmes de ce perfectionnement moral et elle voudrait savoir comment peut se créer aujourd’hui la morale des producteurs futurs.

  1. Dans la colonie New-Harmony, fondée par W. Owen, on travaillait peu et mal ; mais les amusements élaient abondants ; en 1826, le duc de Saxe-Weimar fut émerveillé par la musique et les bals. (Dolléans, Robert Owen, pp. 247-248.)
  2. G. de Molinari paraît croire qu’une religion naturelle comme celle de J.-J. Rousseau et de Robespierre pourrait suffire. Nous savons aujourd’hui que c’est un moyen sans efficacité morale.