Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/352

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vivante du droit divin est en contradiction formelle avec la théologie et l’Église »[1].

L’amour, par l’enthousiasme qu’il engendre, peut produire le sublime sans lequel il n’y aurait point de morale efficace. Proudhon a écrit à la fin de son livre sur la Justice des pages qui ne seront point dépassées sur le rôle qui appartient à la femme.


C. — Nous avons enfin à examiner des valeurs qui échappent à la classification de Nietzsche et qui ont trait aux rapports civils. A l’origine, la magie fut très mêlée à l’évaluation de ces valeurs ; chez les Juifs, on a rencontré, jusqu’aux temps récents, un mélange de préceptes hygiéniques, de règles sexuelles, de conseils relatifs à la probité, à la bienveillance ou à la solidarité nationale, le tout enveloppé de superstitions magiques ; ce mélange, qui paraît étrange au philosophe, eut sur leur moralité la plus heureuse influence, tant qu’ils pratiquèrent leur manière de vivre traditionnelle ; et on remarque, encore aujourd’hui, chez eux, une exactitude particulière dans l’exécution des contrats.

Les idées qui ont cours chez les moralistes modernes viennent, pour une très notable partie, de la Grèce décadente ; Aristote, vivant dans une époque de transition,

  1. Proudhon. Œuvres, tome XX, p. 169. Ceci est extrait de son mémoire en défense, présenté à la Cour de Paris, après sa condamnation à trois ans de prison pour le livre sur la Justice. — Il est digne d’observation que l’on accusait Proudhon d’attaquer le mariage ! Cette affaire est une des hontes qui ont déshonoré l’Église sous Napoléon III.